Et oui, 5 ans de plus …

 

 

plaque-o_1

 

 

Pour les Wallons amateurs de vieilles voitures, les mesures du 1er janvier plongent leurs « ancêtres » dans un imbroglio fiscal.En Wallonie, depuis le 1 er janvier dernier, sont considérés fiscalement comme des ancêtres les véhicules mis en circulation depuis plus de 30 ans.Les voitures, pour être de collection , devaient avoir 25 ans jusqu’au 31 décembre 2015.Les véhicules ne pourront plus bénéficier du tarif préférentiel ancêtre pour la taxe de circulation, à savoir le tarif forfaitaire de 35,10 € qu’à partir du moment où le véhicule aura atteint 30 ans.La Wallonie a décidé de prendre les devants mais cette réforme vient de l’Europe. Le Parlement européen a, en effet voté en avril 2014 ce changement d’âge. Les Etats ont jusqu’à 2018 pour s’aligner.

Ce que ne comprennent pas les associations, c’est pourquoi ne pas appliquer cette législation de façon conjointe avec les autres gouvernements. « On ne comprend pas pourquoi ils n’ont pas voulu attendre la réunion avec les trois régions et la ministre fédérale Jacqueline Galant. Il n’y avait pas d’urgence », clame Peeter Henning, président de la Fédération Belge des Véhicules Anciens.

Pour les voitures qui ont entre 25 et 30 ans et qui bénéficiaient de ces tarifs réduits auparavant, c’est désormais de l’histoire ancienne. Votre ancêtre n’en est plus un, jusqu’à ce qu’il atteigne la trentaine. Il faudra que la voiture ait plus de trente ans, pour bénéficier de ce statut de voiture ancêtre aux yeux de l’administration fiscale wallonne.

À noter que si votre voiture est considérée par la DIV comme un ancêtre, vous pouvez bénéficier d’uneplaque O. Pour cela, il faut que votre voiture soit âgée de… 25 ans.

Vous pouvez donc rouler en ancêtre aux yeux du gouvernement fédéral et des immatriculations mais pas au niveau de la fiscalité automobile qui, elle, est désormais régionalisée.

Cette plaque ancêtre donne l’avantage de ne pas avoir à payer d’écomalus à la région, un non-sens!

Les conducteurs d’oldtimer ne peuvent cependant pas faire ce qu’ils veulent. Par exemple, ils ne peuvent pas effectuer leurs déplacements domicile-travail et domicile-école.

Mais les règles se sont considérablement adoucies depuis 2013. Jusqu’à fin juin 2013, l’usage de l’ancêtre en plaque O était limité à faire des essais dans un rayon de 25 km, entre le lever et le coucher du soleil, en vue d’une manifestation dûment autorisée, ou pour se rendre à une manifestation dûment autorisée.

Depuis juillet 2013, le véhicule ancêtre peut être utilisé jour et nuit sur les routes et il n’est plus nécessaire que cela se fasse dans le cadre d’une manifestation dûment autorisée.

« Cet assouplissement des règles pose des problèmes de contrôle, explique Charlotte Quevedo, porte-parole du ministre wallon des Finances, Christophe Lacroix. Comment déterminer si un conducteur accompagné de deux enfants fait une ballade de plaisance ou s’il amène ses enfants à l’école? Dans le premier cas, c’est autorisé mais dans le deuxième non. Nous sommes donc en train de réfléchir à faciliter les contrôles afin d’éviter les fraudes. »

« Cette nouvelle réglementation est une aberration »

Cette nouvelle réglementation fait déjà réagir les clubs et autres associations d’amateurs de vieilles voitures. Pour Robert Legros, président et fondateur du Club des Ancêtres Automoteurs Namurois, la situation pose quelques problèmes. « Cette nouvelle réglementation est une aberration, clame l’amateur d’Oldtimers. Des voitures qui étaient considérées comme des ancêtres ne le sont plus désormais. » Mais elles le redeviendront dans quelques années.

Tout le monde ne sera pas égal face à la fiscalité. En gros, « si votre voiture de collection qui a entre 25 et 30 ans est immatriculée à votre nom depuis plusieurs années, avant la nouvelle réforme, vous ne devrez pas payer l’écomalus, explique-t-il. Par contre, si venez d’immatriculer votre voiture, vous devrez payer l’écomalus. »

Les problèmes ne devraient pas toucher trop de monde, pense-t-on. Pourtant si, rétorque M. Legros. « La majorité des voitures ont entre 25 et 30 ans, c’est évident. Par exemple, j’ai une voiture âgée de 28 ans. Je ne fais pas plus de 1.000 kilomètres par an. Elle me sert de loisir et je devrais payer une taxe de circulation aussi chère que quelqu’un qui utilise sa voiture tous les jours… »

Par contre , les associations contactées avouent ne pas être au courant de toutes les modalités de la nouvelle législation. « C’est encore un peu tôt, c’est tout récent »,expliquent les membres des associations.

Certains glissent quand même une pique à l’attention de l’administration wallonne en précisant qu’ils n’ont pas été consultés et qu’ils ne sont pas tenus informé des nouveautés qui les concernent.

D’autres, en revanche, comme la Fédération Belges des Véhicules Anciens, expliquent qu’ils ont été prévenus depuis longtemps et admettent comprendre la mesure.

Les Oldtimers, un placement à la mode

Les comptes d’épargne n’ont plus des taux de rendement faramineux. Le marché immobilier stagne et les investissements en bourse laissent toujours perplexes.

Ainsi pour les Belges, les véhicules de collection se présentent comme une véritable alternative de choix.

Certaines voitures ont vu leur valeur multipliée en une dizaine d’années. Mais pour Peeter Henning, CEO de la Fédération Belge des Véhicules Anciens (FBVA), seuls les modèles de luxe peuvent être considérés comme des placements. « Pour le haut de gamme, on remarque qu’il y a une spéculation. Pas pour les voitures moyennes. Les voitures concernées par les placements financiers sont des modèles qui coûtent au moins 150.000 €. Ce n’est pas pour toutes les bourses ».

Pourtant, la tendance de ces dernières années tend à prouver le contraire, et le spécialiste le reconnaît.« C’est vrai qu’il y a eu une grosse hausse des prix ces deux ou trois dernières années. Mais le marché se stabilise à nouveau. La majorité des gens qui achètent des ancêtres sont quand même des passionnés. »

Cette hausse des prix est entre autres due à la médiatisation. Par exemple, la vente de la collection Baillon au Rétromobile 2015 avait récolté 25,1 millions d’euros, dont 16,3 assurés par la seule Ferrari California ayant appartenu Alain Delon.

Le 5 février prochain, le Retromobile est à nouveau organisé et espère récolter autant que l’année dernière. Ferrari et Aston Martin au programme, on établira peut-être une nouvelle vente record.

Les youngtimers (voitures de 1970 à 1990) voient leur valeur grimpe. Prenons l’exemple d’une Fiat 500 (modèle 1957-1975). En 2005, elle était estimée à 4.800 €. En 2009, sa cote avait grimpé à 8.500 €. En 2015, elle valait la bagatelle de 12.000 €, soit un bond de 150 % en onze ans.

Autre exemple, une Peugeot 204 de 1976 valait en 2004 1.700€; en 2009 2.500€ et en 2015 2.800 €. Soit une hausse de 65 %.

Les voitures de collection offrent donc des rendements bien supérieurs aux comptes épargne. Mais elles présentent le risque de voir leur valeur s’effondrer comme ce fut le cas au début des années 90. Seules les voitures d’exception avaient alors été épargnées.

Les ancêtres pour esquiver les taxes et l’assurance élevée

Le régime d’ancêtre permet des économies sur les taxes de mises en circulation (61,50 € en Wallonie), jusqu’ici sans écomalus. Dorénavant, il faudra payer cette surtaxe pour toute nouvelle immatriculation.

La taxe de circulation (35,10 €) et assurances sont nettement moins chères aussi (40 à 100 € pour une RC).

En comparaison, les véhicules qui ne seront plus considérés comme ancêtres vont revenir au tarif normal.« Le problème, c’est pour les nouvelles immatriculations où les gens vont devoir payer 600 € d’écomalus. De plus, les taxes sont calculées par rapport à la cylindrée. Donc, les amateurs de vieilles américaines, qui ont en général de gross moteurs, 3.000 voire 4.000 cc, vont payer des taxes de circulation hors de prix, plus de 100 fois celles qu’ils payaient avant. Ils devront débourser jusqu’à 3.000 €. Parfois, la taxe va dépasser la valeur du véhicule. Prenez les vieilles BMW série 7 des années 80. A l’achat, elles coûtent 3.000 €. La taxe sera plus chère », clame Peeter Henning, CEO de la Fédération belge des Véhicules Anciens.

En outre , la réglementation sur les contrôles techniques permet de ne pas s’y rendre aussi fréquemment que les autres. « Il y avait des abus, des fraudeurs, même des jeunes qui n’ont qu’une voiture. Ils roulent dans des vieilles voitures pas entretenues. Ce ne sont pas des passionnés mais ils utilisent leur vieille voiture tous les jours », explique Peeter Henning.

Les assurances aussi permettent de faire des avantages substantiels. Mais pour éviter les abus, certaines compagnie réclame que vous ayiez une autre voiture assurée.« Certaines compagnies ne sont pas regardantes et permettent les abus. »

 

Source: La DH du 09 janvier 2016