Audi Gruppe S : un fantôme est venu hanter l’Eifel…

 

 

 

 

Les nostalgiques ont certainement dû avoir leur cœur qui battaient la chamade le week-end dernier. Lors de l’Eifel Rallye Festival, les spectateurs ont en effet eu le privilège de pouvoir découvrir sur le tarmac la fameuse Audi Gruppe S, sortie tout droit du musée de la marque aux anneaux.  Et c’est bien sûr le géant Allemand Walter Röhrl qui était à son volant, accompagné de son fidèle copilote Christian Geistdörfer.
Si pour certains, la Sport Quattro RS 002 ne ressemble qu’à quelque chose d’hybride (avec la face d’une Porsche 356 et l’aileron d’une Groupe C d’endurance), pour les anciens, cette Audi est le reflet d’une époque folle du championnat du monde. Elle devait en effet être la réponse des ingénieurs d’Ingolstadt à la dominance des Peugeot et Lancia depuis 1984, là où la quattro avait jusqu’alors montré toute sa puissance malgré un empattement trop important. Les ingénieurs allemands, sous l’égide de Roland Gumpert, alors patron d’Audi Sport, ont développé cette voiture dans le plus grand secret. Les bruits couraient d’ailleurs d’un simple accord oral de Ferdinand Piëch, et l’équipe s’était cachée en Tchécoslovaquie pour plus de tranquillité (avec des caisses partant d’Ingolstadt marquée ‘Kenya Test’), habillant même le prototype d’une fausse carrosserie pour se prémunir d’éventuels photographes. Ce modèle était révolutionnaire pour Audi, puisque la maque abandonnait le bloc moteur avant au profit d’une position centrale, à l’instar des petites bombes turinoises ou sochaliennes.

 

Avec les accidents dramatiques de Santos (Portugal 1986) mais surtout de Toivonen-Cresto (Corse 1986), sans oublier ceux de Bettega (Corse 1985) ou du copilote de Surer (Essen 1986), la FIA a mis un terme en 1986 à la folie des constructeurs. La fin des monstres du Groupe B a aussi marqué l’arrêt du Groupe S  mort-né, dont les bolides ne devaient être développés qu’à 10 exemplaires (contre 200 pour le Groupe B). L’Audi Gruppe S n’a donc officiellement pas existé, si ce n’est en essais avec ses 600 chevaux (théoriquement, le Groupe S aurait été plafonné à 300 chevaux) et sa structure en plastique. Röhrl, déjà pilote d’essai à l’époque, était convaincu qu’Audi détenait pourtant son arme pour une revanche dans le championnat du monde.  C’était sans compter avec les drames successifs.
On aime ou on n’aime pas, mais ce petit bolide renferme à lui seul l’image d’une épopée où tout passait par la puissance.  L’avènement du Groupe A et ensuite du WRC a démontré que le châssis, les amortisseurs, les freins, les pneus et certainement l’électronique sont devenus des facteurs déterminants de performance. Mais la puissance des Groupe B, et des mortes-nées Groupe S dans les années ’80, restera pour les nostalgiques comme ces bons vieux morceaux de rock des années ’70 – indémodables et faisant toujours vibrer nos vieilles mécaniques osseuses. (Cédric Slegers)

 

Source: http://www.speedactiontv.be/     Publié le 26 juillet 2016